Urbanisme et mobilité: quel bilan pour l’équipe d’Anne Hidalgo ?

Trois mois après le premier tour des élections municipales, les grandes villes attendent toujours leur maire. Sauf résurgence de l’épidémie, le deuxième tour aura lieu le dimanche 28 juin et déjà les partis s’affairent afin de mener une campagne inédite à bien des égards. La municipale parisienne est particulièrement scrutée avec Anne Hidalgo bien partie pour être réélue, et surtout Agnès Buzyn, candidate désorientée de LREM dont les propos sur la "mascarade" du premier tour pourraient bien achever un scrutin désastreux pour sa famille politique. Si le résultat ne fait que peu de doute, il reste opportun de s’interroger sur le bilan d’Anne Hidalgo et de son équipe sur deux sujets fortement présents dans cette phase de déconfinement: l’urbanisme et la mobilité.


Illustration d'une personne à vélo dans Paris. Crédit photo: DR

Les sujets ne manquent pas pour mener une campagne électorale à Paris. Les adversaires d’Anne Hidalgo ne s’y sont pas trompés et ont multiplié les attaques au début de l’année. Parmi les salves de tir, l’urbanisme et la mobilité ont connu un réel succès (en plus de la sécurité et de la propreté).


Selon un sondage Ifop pour le JDD réalisé avant le confinement, les Parisiens jugent majoritairement le bilan "plutôt positif" pour l’urbanisme et l’architecture (57 %), mais aussi pour la mobilité (53 %)… Mais ils le trouvent "plutôt négatif" en termes de circulation (76 %) et de logement (71 %).


Ces résultats contrastés et parfois quelque peu contradictoires ne peuvent toutefois pas occulter la cohérence et l’orientation claire et résolument écologique de l’équipe municipale en place. D’ailleurs, les Verts reconnaissent le fort souci écologique de la maire sortante dans son programme électoral. Même si certains jugeront toujours que le verre n’est qu’à moitié plein, les actions lancées sous la dernière mandature visent à "faire de Paris une ville modèle en matière d’écologie urbaine et de transition écologique", comme le souligne Célia Blauel, adjointe à la maire, chargée de l’environnement et du développement durable.


Depuis plusieurs années, la mairie n’a cessé de multiplier les projets pour lutter contre le réchauffement climatique et les effets de la pollution. "Durant sa mandature, Anne Hidalgo a fait preuve de beaucoup de courage politique pour imposer sa route, celle de l’écologie de l’action et de la transformation", souligne Christophe Najdovski, son adjoint chargé des transports, de la voirie, des déplacements et de l’espace public. "Il lui a fallu parfois batailler contre vents et marées. Je pense à son engagement victorieux contre le diesel au niveau européen, à la piétonnisation historique des voies sur berge, désormais plébiscitée, à son plan vélo, au réaménagement de sept grandes places parisiennes…".


Urbanisme: sous le signe de la reconquête de l’espace public


C’est l’une des mesures les plus emblématiques et les plus contestées du mandat: le 26 septembre 2016, le Conseil de Paris a voté la piétonnisation des berges de Seine rive droite, au cœur de la capitale, malgré les critiques de la droite et des élus de banlieue. En phase avec l’engagement de la maire pour un espace public "flexible, ouvert et appropriable par tous".


"Elle a fermé les quais histoire d’emmerder 5 000 mecs qui vont bosser, pour faire plaisir à trois connards en Vélib qui vont se promener", lâchait l’animateur Patrick Sébastien sur BFM TV en avril 2019, résumant de manière pour le moins abrupte le point de vue des opposants à ce projet. "Avec 147 673 piétons et cyclistes sur les berges pour le seul mois de mars 2019, les "3 connards"sont en moyenne au nombre de 5 000 à utiliser chaque jour les berges pour se rendre au travail et à se réapproprier cet espace de respiration qui leur est rendu", lui rétorquait Christophe Najdovski.


"Le nouvel urbanisme parisien que nous avons mis sur pied est fondé sur la restauration écologique et la gestion partagée des communs urbains", résume Jean-Louis Missika, adjoint en charge de l’urbanisme, de l’architecture, des projets du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité. Une orientation qui se traduit également dans le "plan d’embellissement de toutes les grandes places parisiennes". Après République, Panthéon et Bastille, Denfert-Rochereau, Italie, Montparnasse et Nation seront ainsi également réaménagées avec "une priorité accordée aux piétons, aux circulations douces, à la nature et au lien social".


Comme l’explique Jean-Louis Missika, les grandes opérations d’urbanisme et d’aménagement s’ouvrent également à l’expérimentation d’immeubles pluriels, mêlant logements, bureaux, incubateurs, tiers lieux, espaces de vie collective, et nouvelles formes de végétalisation et d’agriculture urbaine.


En matière de logement, la priorité donnée par la municipalité au développement du parc de logements sociaux porte également ses fruits. Celui-ci "représente désormais plus de 20 % des logements parisiens, contre 15,5 % en 2008 et 18,5 % en 2014. Le taux de 25 % en 2025 devrait être atteint", estime l’Institut Montaigne, dans son bilan réalisé à l’occasion des municipales.


Durant la dernière mandature, 40 000 logements sociaux ont été créés – 100 000 depuis 2001. Et l’objectif de transformer 200 000 m² de bureaux obsolètes en habitations a été atteint. Mais parallèlement, les prix de l’immobilier ont augmenté de 55 % en 10 ans, avec un prix moyen au m2 qui a désormais franchi la barre symbolique des 10 000 €. Pour lutter contre la saturation du parc locatif et l’inflation des loyers, la ville de Paris a mis en place une politique d’encadrement des prix et engagé des actions contre les plateformes de location de type Airbnb.


Mobilité: développer les alternatives à la voiture individuelle


La mobilité constitue l’un des grands chantiers entrepris sous le mandat d’Anne Hidalgo. Le sujet est incontournable et le déconfinement opéré depuis la mi-mai vient conforter l’idée que l’avenir est aux mobilités douces. En plus de l’aspect sanitaire, l’objectif entamé depuis plusieurs années est la diminution des émissions de gaz à effet de serre et de la pollution de l’air. Cela s’est traduit par une reconquête de l’espace public au profit des piétons et des circulations douces, notamment aux abords de la Seine, des canaux et des berges. Le report modal de la voiture individuelle vers les transports collectifs et d’autres mobilités alternatives (Autolib, Vélib, co-voiturage) s’est accéléré. "La circulation automobile a baissé de 17 % depuis 2014 et dans la même période les émissions de dioxyde d’azote ont baissé de 15 % selon Airparif", assure ainsi Christophe Najdovski. L’usage de la voiture reste néanmoins important dans la capitale et la circulation est loin d’être fluide, puisque la congestion atteint 237 heures par an et par automobiliste, en hausse de 7 % sur un an.


"Il faut continuer à sortir de la logique des années 1950, celle d’une ville organisée pour et autour de la voiture", explique Célia Blauel, adjointe à la maire de Paris chargée de toutes les questions relatives à la transition écologique, au climat, à l’environnement, à l’eau et à l’assainissement. "Nous soutiendrons toujours d’autres mobilités, l’électrique ou l’hydrogène, la marche ou les vélos, qui devraient être aussi nombreux que les voitures à Paris en 2025. Nous avons aussi fixé la sortie du diesel à 2024 et de l’essence en 2030. Nous allons développer le maillage métropolitain et continuer à faciliter l’accès aux transports en commun"


Selon le bilan réalisé par l’Institut Montaigne, le réseau de transport en commun de Paris, qui se caractérise par sa très forte densité (plus de 200 km de métro sur 16 lignes, 120 km de tramway sur 10 lignes, sans compter l’offre de bus, de RER et de transiliens), continue de se développer avec les prolongements en cours des lignes 4, 11, 12 et 14 et l’ouverture de la ligne 15 du métro, le prolongement de la ligne E du RER, mais aussi la construction du Grand Paris Express et celle du Charles-de-Gaulle Express. Résultat: la part des transports en commun dans les déplacements dépasse aujourd’hui les 68 % à Paris.


La pratique du vélo se développe également, parallèlement à l’extension du réseau cyclable (104,5 km livrés en 2019 et 273 km depuis 2015) et la résorption des difficultés liées au déploiement du nouveau système de Vélib. Paris compte aujourd’hui 320 km de pistes cyclables, 1 338 stations et 17 277 vélos, avec en moyenne 8 vélos en libre-service pour 1 000 habitants, ce qui en fait la deuxième ville de France la mieux dotée après Lille. La place accordée aux pistes cyclables s’accélère avec le déconfinement grâce à un « urbanisme tactique » censé faciliter le déconfinement. Ces nouvelles pistes pourraient bien devenir pérennes.


Vivement critiquée par ses adversaires pour le fiasco du changement d’opérateur des vélos en libre-service Vélib, la candidate a récemment souligné que le nombre d'abonnés actuels était supérieur au nombre d’abonnés du "Vélib 1" et que les usagers (près de 100 000 par jour) étaient aussi nombreux qu’avant le changement de prestataire en janvier 2018.


À moins de trois mois du premier tour des élections municipales, l’association de cyclistes Paris en selle saluait d’ailleurs "un tournant historique pour le vélo" pendant la mandature de la maire sortante, même si seul 55 % du plan vélo a été effectivement réalisé. "La hausse fulgurante de la fréquentation des nouvelles pistes cyclables parisiennes témoigne de leur succès", reconnaît l’association, même si "Paris n’est pas encore une capitale mondiale du vélo". "Il n’y a jamais eu autant d’aménagements cyclables réalisés en une seule mandature", souligne de son côté l’adjoint aux transports. "Paris est passé de la 17e à la 8e place dans le Copenhagenize Index, le classement mondial des capitales du vélo".


Il y a plus d’infrastructures, plus de cyclistes en ville, mais la fluidité du trafic, en temps normal, est loin d’être optimale comme l’a montré l’épisode de grève qui a paralysé les transports publics de la capitale. La circulation est devenue anarchique et dangereuse pour les véhicules motorisés, les vélos, et les piétons. En janvier 2020, le nombre d’accidents de la circulation impliquant des vélos a cru de 153 % par rapport au mois de janvier précédent. La multiplication par 2,6 du nombre de cyclistes par rapport au flux habituel explique ce constat inquiétant et met en exergue les limites actuelles de la régulation du trafic.


La prochaine équipe municipale (qu’elle soit de la même couleur politique) devra ainsi s’intéresser de près à la construction d’une "smart city". L’avenir appartient aux réseaux intelligents et si l’ambition prendra au moins plusieurs années à se matérialiser, il existe des secteurs dans lequel des améliorations sensibles peuvent être apportées rapidement. L’éclairage public en est un avec des infrastructures appelées à devenir plus intelligentes et par conséquent moins énergivores (en plus de l’inéluctable percée de la LED). Paris semble l’avoir compris avec le récent lancement du "Plan lumière" visant à diminuer la consommation d’énergie de la capitale, tout en continuant à mettre en valeur le patrimoine parisien la nuit, et en garantissant la sécurité et le bien-être de ses habitants. Ce projet, qui structure le cahier des charges de l’appel d'offres en cours du marché de l’éclairage public de la ville, doit marquer le point de départ d’une politique plus ambitieuse. Désormais, comme le résume Christophe Najdovski, "il s’agit de mettre un coup de projecteur sur les enjeux de l’éclairage public". Il reste donc du travail à faire et ce sont les Parisiens qui désigneront le maître d’œuvre à l’occasion du second tour des municipales.



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