Un lien entre la demande américaine de meubles chinois et la déforestation en Afrique

Par John C. Cannon | Traduit par Léopoldine Tsago Kenfack


D’après une étude récente, l’exploitation forestière pour approvisionner les usines de meubles en Chine, stimulée par la demande des États-Unis, diminue les forêts d’Afrique centrale. L’auteur principal Trevon Fuller, écologiste à l’Université de Californie à Los Angeles, a déclaré qu’il avait déjà entendu parler des recherches montrant que le braconnage d’éléphants en Afrique de l’Est augmentait en même temps que la demande en ivoire en Chine. Ce qui l’a amené à se demander si un lien similaire ne serait pas à l’origine de la perte de forêts dans le bassin du Congo en Afrique centrale, qui abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde.


Une route dans le sud-ouest du Cameroun. Image de Trevon Fuller/UCLA.

Une fois la recherche en cours, "la question s’est posée : Qu’est-ce qui pousse ces entreprises chinoises à extraire du bois d’Afrique centrale?" Fuller répond "Il s’agit d’une demande incroyable de la part des [consommateurs] aux États-Unis", a-t-il dit.


Fuller et ses collègues ont commencé par rassembler les statistiques sur les exportations de bois de cinq pays d’Afrique centrale vers la Chine entre 2001 et 2015. Au cours de cette période, la Chine a plus que doublé ses importations de bois en provenance du bassin du Congo et est passé devant l’Union européenne comme premier marché d’exportation de la région.

Le règlement de l’UE sur le bois est entré en vigueur en 2013, vers la fin de la période de l’étude. Une "diligence raisonnable" de la part des importateurs est nécessaire pour vérifier que le bois qu’ils introduisent sur les marchés de l’UE n’est pas récolté illégalement, en particulier lorsqu’il provient de pays "à haut risque". M. Fuller a déclaré que ces restrictions pourraient être un facteur "plausible" expliquant pourquoi la Chine était devenue un si grand marché d’exportation.


Les chercheurs ont publié leurs résultats dans le journal Area du 27 juin.


Pour déterminer l’effet de cette demande sur les forêts, l’équipe s’est également penchée sur les données satellitaires sur les taux annuels de perte de couvert forestier dans chacun des pays. La République démocratique du Congo, avec la plus grande banque de forêts de la région, n’a pas exporté beaucoup de bois vers la Chine pendant la période étudiée. M. Fuller a déclaré que le manque de routes en RDC rendait l’extraction du bois des forêts difficile et coûteuse, et que l’agriculture de subsistance reste la principale cause de déforestation dans ce pays.


Forêt intacte vue d’une route dans le sud-ouest du Cameroun. Image de Trevon Fuller/UCLA.

Mais un modèle statistique a révélé une corrélation entre les niveaux des exportations de bois vers la Chine et le taux de perte de couvert forestier en République du Congo, au Cameroun, en République centrafricaine et au Gabon. Par ailleurs, ces chiffres d’exportation expliquent mieux les taux de perte de couvert forestier des pays que d’autres facteurs tels que la croissance démographique rurale, la production d’huile de palme et l’existence de chemins forestiers.


L’analyse a également révélé un changement marqué dans la provenance de ce bois. Jusqu’en 2009, le Gabon était le principal fournisseur de la Chine, responsable de 60 % du bois exporté du bassin du Congo vers la Chine. Mais l’interdiction en 2010 de l’exportation de grumes non transformée au Gabon, visant à développer son propre secteur de transformation du bois, a ramené ce chiffre à 30 % en 2015. Fuller et ses collègues ont calculé que la République du Congo et le Cameroun, où la réglementation du bois n’est pas aussi stricte, ont comblé le manque à gagner, et en 2015, ensemble, ils représentaient la moitié de l’approvisionnement en bois de la Chine dans la région. Selon lui, l’interdiction d’exportation du Gabon semble avoir profité aux forêts du pays. "Elle a réduit la déforestation dans une certaine mesure" a t-il ajouté. L’équipe a également constaté que la perte de couvert arboré en République du Congo et au Cameroun était « nettement plus élevée » qu’au Gabon entre 2001 et 2015.


L’impact que ces restrictions devrait être une considération importante pour les pays du Bassin du Congo, écrivent les auteurs, d’autant plus que le Cameroun et le Gabon révisent actuellement leurs codes forestiers. Leur analyse a également révélé que la proportion de meubles arrivant aux États-Unis en provenance de la Chine est passée de 30% à 50% entre 2001 et 2015. Ils suggèrent de freiner une partie de cette demande en encourageant les consommateurs à rechercher des meubles en bambou, en bois recyclé ou en plastique. Un processus de certification de durabilité pour les meubles pourrait également "servir de moyen de lutte contre l’extraction non durable du bois" pense Fuller.


Il a également dit qu’il aimerait étudier la possibilité de mener des campagnes de sensibilisation du public, tant en Chine qu’aux États-Unis. "Peuvent-ils changer les habitudes d’achat des consommateurs?" a t-il demandé. S’ils parviennent à endiguer efficacement la demande, ils pourraient jouer un rôle clé dans le maintien intact d’une plus grande partie des forêts du bassin du Congo et des vastes réserves de carbone et de biodiversité qu’elles contiennent.


Source: Mongabay




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