Pollution: au Kosovo on ne respire presque plus

Dans certaines villes des Balkans, il y a des jours d’hiver où l'air est irrespirable et où le taux de particules fines monte en flèche. Tous les ans, les citoyens des pays de la région protestent pour demander que les autorités prennent des mesures afin d'améliorer la qualité de l'air, mais sans grands résultats. C’est notamment le cas dans la capitale du Kosovo, à Pristina où l'air est particulièrement pollué.

La centrale d’Ugljevik, en Bosnie-Herzégovine, construite en 1976 pollue autant que toutes les usines allemandes réunies. Crédit photo : BLACKDAY

Respirer l'air devient difficile surtout quand un anticyclone s'installe au-dessus de la capitale du Kosovo. Les hautes pressions bloquent les polluants et les particules au niveau du sol. Pristina est ainsi classée parmi les villes les plus polluées au monde.


Plusieurs causes expliquent ces records :

Les villes des Balkans sont souvent installées dans des cuvettes, où les fumées restent bloquées. L'utilisation en grande quantité du charbon pour le chauffage entraine des émissions très importantes de polluants. Également, on y trouve de plus en plus de voitures. Il y a quelques jours cinq ONG ont publié un rapport sur les seize centrales au charbon présentes dans l'ouest des Balkans, en Bosnie-Herzégovine, en Macédoine du Nord, au Kosovo, au Monténégro et en Serbie qui à elles seules émettent autant de dioxyde de soufre que les 250 centrales présentes dans le reste de l’Europe.


Toujours selon ce rapport, la centrale d’Ugljevik, en Bosnie-Herzégovine, construite en 1976 pollue autant que toutes les usines allemandes réunies. La centrale utilise du lignite, soit le charbon le plus polluant, que l'on trouve en abondance dans les Balkans. À tel point que la Serbie envisage de construire une nouvelle centrale thermique utilisant cette ressource naturelle, grâce à un prêt de banques chinoises.


Mais la hausse de la pollution est aussi due à l’appauvrissement généralisé des sociétés des Balkans depuis la chute de la Yougoslavie, en 1991. Dans les grandes villes, plusieurs foyers n'ont par exemple plus les moyens d'utiliser les chauffages urbains, qui fonctionnent au gaz et les familles les plus modestes préfèrent installer des poêles où sont brûlés du charbon, des granulés de bois, voire même des déchets ou du plastique. De plus, la faillite des services publics a entrainé la raréfaction des transports en commun et l'explosion du trafic automobile.


Depuis quelques années, les rassemblements se multiplient pour faire pression sur les gouvernements de la région. Des manifestations sont organisées à Skopje ou à Pristina où des masques sont distribués par des associations aux personnes les plus fragiles. Cependant, les autorités tardent à prendre conscience de l'ampleur de la catastrophe. La circulation est parfois interdite dans les plus grandes routes de Pristina et les autorités municipales de Skopje ont doublé les prix des stationnements dans le centre et décrètent la gratuité des transports publiques lors des pics de pollution.


Toutes ces mesures aussi symboliques qu’elles peuvent être n’amélioreront pas la qualité de l’air sans un plan d’action à l’échelle régionale. Pour répondre à l'urgence, les États des Balkans, qui manquent tragiquement de moyens financiers, vont devoir compter sur l’aide de l'Union européenne. Le commissaire européen pour la Politique régionale, Johannes Hahn, en visite au Monténégro, entend porter dans les Balkans la part des énergies renouvelables à 32 % du mix énergétique d’ici 2030. Un objectif ambitieux mais qui sera difficile à atteindre.



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