Mongolie : Des rennes, des steppes et un peuple hors du temps à découvrir

Par les Reporters de Nouvelles des Horizons (Julia et Benjamin)


Nous voilà arrivés au pays du Grand Ciel Bleu : la Mongolie. Après 9200 kilomètres de train et de bus depuis la France, il nous faudra encore parcourir quelques centaines de kilomètres dans les bus locaux et à dos de cheval pour rejoindre ceux que nous sommes venus rencontrer de si loin : le peuple de la Taïga.


Nouvelles des Horizons - Mongolie

Dans cette forêt boréale, ils ne sont plus que quelques dizaines de familles, les dernières à élever les rennes en Mongolie, les dernières à vivre dans les forêts de mélèze du nord du pays, si caractéristique de l’écosystème de cette région.


Les éleveurs de rennes sont nomades et s’ils restent deux mois dans leur camp d’été, ils peuvent changer de position tous les deux jours si nécessaires. Le tableau est bucolique : 4 tipis (ces tentes des indiens de notre enfance appelées ici « Yurt ») au sommet fumant, comme posées dans un creux de montagne, et entourées de dizaines de rennes broutant ou dormant paisiblement. Du ciel bleu, un tapis rouge de myrtille à perte de vue et des forêts de sapins de part et d’autre de la montagne. Idyllique.


Du moins en été. Parce que l’hiver, c’est une toute autre histoire : c’est beau et c’est blanc certes, mais c’est surtout froid. Les températures peuvent atteindre -40°C, et les chemins sont impraticables. A cette période de l’année les familles qui vivent ici se séparent les unes des autres afin d’éviter que les reines, pouvant être plus agressifs qu’à l’accoutumés, ne se blessent entre eux. Autant dire que c’est l’isolement le plus total. Mais tant que les rennes se sentent bien et sont en sécurité, personne ne songera à se plaindre. La priorité, ceux sont eux, les rennes, et s’il faut se planter à l’endroit le plus froid de la taïga pour les protéger des loups, personne n’hésitera une seconde. Une vie rude avec un minimum de confort : un poêle pour la chaleur, le téléphone pour palier à l’isolement et le thé au lait de renne pour mettre du baume au cœur.


Nouvelles des Horizons - Mongolie - 2019

La vie du peuple de la taïga est simple et soumise aux éléments naturels : le vent, la neige, les saisons. On les appelle les « Tsaatans », ceux qui vivent avec les rennes. Et s’ils restent dans la taïga c’est bien pour eux. Ils prennent soin ces derniers comme ils le feraient de membres de leur famille et s’adaptent totalement aux besoins de leurs animaux. Ils connaissent les ressources de leur environnement direct et, à part le riz et la farine qu’ils vont chercher plus bas dans les proches villages, ils n’ont besoin de rien d’autres.


Nous n’avons jamais vu d’aussi près un mode de vie aussi simple et dénué de bien matériel que celui-ci. Nous ne nous sommes jamais sentis aussi isolés du monde, ou aussi près de lui. Et malgré la rudesse, nous nous sommes sentis bien : prendre le temps d’observer et de tenter de comprendre, d’apprendre quelques mots, d’échanger des blagues et des sourires, de passer de tipi en tipi au gré des invitations à se réchauffer autour du poêle. D’aller à la cueillette, couper du bois et (tenter) de traire des rennes. De se promener et même de s’ennuyer. Les Tsaatans furent notre premier contact avec les nomades Mongols, mais pas le dernier.


La Mongolie est à la croisée des écosystèmes et la vie mongole se décline au gré des paysages : nomades des steppes, nomades du désert, nomades de la taïga. A chacun son cheptel : chevaux, moutons et chèvres, vaches, chameaux et rennes. Les Mongols sont des éleveurs par tradition depuis des siècles. Il faut dire que la nature a été assez avare pour les êtres-humains : des terres pauvres et acides où seules s’épanouissent les herbes grasses qui laissent peu d’options du côté agricole. Alors les Mongols sont devenus des pasteurs, des nomades.


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Ils vivent dans des yourtes, habitats circulaires au squelette en bois et à la peau blanche, qui se montent et se démontent plusieurs fois l’an au fil des saisons et des pâturages. Le nomadisme, c’est ce stade de l’évolution quand l’homme, après avoir domestiqué les animaux adaptent son rythme de vie au confort de son cheptel. Le stade suivant c’est la sédentarisation, quand l’homme adapte le rythme de vie des animaux (et des plantes) à son confort.


Les animaux domestiqués en troupeaux de toutes les tailles s’épanouissent en Mongolie : on compte 20 têtes de bétails par habitant. Autant dire que le régime des 3 millions de Mongols que compte le pays est très carné. A défaut d’être très carboné d’ailleurs : aucun intermédiaire entre le producteur et le consommateur, animaux élevés à l’herbe des pâturages toute leur vie et sélection naturelle comme seul traitement sanitaire (les carcasses sont monnaie courante dans la steppe mongole). En ce qui concerne l’empreinte écologique de l’élevage, on pourra difficilement trouver mieux que la méthode mongole. Sans parler de la considération que les éleveurs mongols montrent pour leurs animaux (on ne reste pas nomade pour son confort personnel), l’esprit d’entraide qui règnent entre voisins et la sensation de liberté qui règne de la steppe à la montagne.


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La vie nomade laisse songeur : faudrait-il l’adopter en masse pour arrêter les écocides en série ? Si les Mongols ont su préserver leurs traditions de vie jusqu’à aujourd’hui malgré les péripéties de l’histoire, n’est-ce pas parce que ce mode de vie leur convient ? Nous avons remarqué la fierté mongole pour leur culture, leur adoration pour le quasi-divin Gengis Khan, ce fermier conquérant qui a dominé la moitié du monde au Moyen-Âge et qui a donné ses lettres de noblesses à la vie dans les steppes. Cet attachement culturel laisse planer l’espoir d’une longue vie à l’écologique nomadisme mongol.


Seulement voilà les sonnettes du nouveau millénaire en HD ont sonné aussi en Mongolie et avec elles, un irrémédiable déclin du mode de vie traditionnelle mongole semble s’être enclenché. Cinq décennies de purges culturelles inspirées du socialisme du grand voisin soviétique avaient déjà ébranlé les fondations de l’identité mongole alors même qu’elles avaient survécu à des âges troublés par de multiples invasions et influences extérieures. Le nomadisme mongol semble aujourd’hui battre en retraite. Ils ne sont plus qu’un tiers de nomades aujourd’hui quand l’enfumée capitale Oulan-Bator aspire 40% de la population du pays, attirée comme des papillons à la lumière des promesses de lendemains meilleurs.


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La « cité des héros » où s’entasse la jeunesse mongole, est une ville comme toutes les autres : une déclinaison plus froide et plus polluée du tout confort de « la modernité » : trafic incessant, mycélium de petits restos et de centres commerciaux. Entrer dans la société globalisée dans le sillage de ses grands voisins russes et chinois ou rester sur le pas de la porte : plus aucun pays ne se pose la question à présent.


Liberté comme autonomie offerte par la vie dans les steppes mongoles. Liberté comme accès aux opportunités et aux multiples plaisirs de la vie en ville.


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Deux visions qui semblent aux antipodes et résolument incompatibles. Ce doit être le nouveau défi mongol : répondre aux aspirations de sa jeunesse tournée vers le monde grâce aux études et les smartphones et préserver son socle de traditions source de fierté nationale et d’attractivité pour les touristes du monde entier. Sur fond de dérèglement climatique qui n’épargne pas le pays, sujet à des épisodes récurrents de sécheresse, le XXIème siècle s’annonce mouvementé pour les héritiers de Gengis Khan.




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