Géorgie: un berceau d’histoire

Par Dorian Louw


D’une superficie de 69 700 km2 situés au cœur du Caucase, la Géorgie partage les richesses de ses montagnes avec la Russie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Turquie. Peuplée d’environ 3.7 millions d’habitants en 2015, la situation démographique de la Géorgie présente une baisse de la population depuis les années 90. Situation semblable à d’autres pays de l’ex-bloc soviétique. L’histoire du pays est intimement liée à la résistance face aux envahisseurs. L’épée représentant la lutte pour la liberté et le bol de vin pour l’hospitalité sont deux symboles portés par ses habitants. La Géorgie ancre ses racines patrimoniale, matrimoniale et culturelle dans la religion orthodoxe, qu’elle a été un des premiers « états » à adopter. Forte de valeurs d’accueil, d’entraide et de solidarité, un proverbe géorgien dit que « l’invité est un envoyé de Dieu ». Entre le Grand Caucase, frontière naturelle avec la Russie et le Petit Caucase au sud, partons à la découverte de cet étonnant pays qu’est la Géorgie. En voyageant d’est en ouest, laissons-nous nous transporter dans une diversité de paysages naturels et urbains incomparables.


Mestia dans le Caucase. Crédit photo: Dorian Louw

À la question où est apparue la vigne ? Les Géorgiens vous répondront le nom d’une région à l’Est du pays, la Kakhétie sans hésitation. Les archéologues datent en effet l’apparition la culture de la vigne dans cette région à 8 000 av J-C. Ce qui fait d’elle la plus ancienne région viticole au monde. Les spécialistes du domaine de « Shumi », situé à Telavi, ont répertorié au sein du musée ethnographique 294 sortes de raisins géorgiens uniques. Les méthodes utilisées aujourd’hui sont héritées des premières techniques de vinifications géorgiennes. Peau, chair et pépin sont conservés et fermentés sous terre 6 mois au minimum dans d’immenses jarres d’argile, appelées « Kvevris ». Pouvant contenir jusqu’à 300 litres elles étaient ornées de fresques telle des signatures laissées par les artisans. La méthode géorgienne est depuis 2013 inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les Géorgiens n’ont pas tiré seulement le vin du raisin. Mais aussi une vodka. Nommée « Chacha » la vodka géorgienne est produite par un procédé similaire à la vinification. Les fruits sont par ailleurs foulés au pied dans un tronc creusé de chêne ou de châtaignier avant vinification. Le « vin » est par la suite distillé en alambic, et parfois refroidi en fût de chêne. Sur notre « route du vin » l’arrêt se fait dans la charmante ville de Telavi située au pied de la chaîne de montagnes Tsiv-Gombori.


« Dormir chez les habitants permet de se rendre compte de l’importance culturelle et traditionnelle du homemade »


Le climat continental aux larges influences méditerranéennes est propice à la culture de la vigne et de nombreux arbres. Verger et vigne magnifient le paysage de plaine. Vigne, pêcher, pommier, poirier, prunier, cerisier, figuier ornent les jardins fleuris de lauriers et de rosiers. Ces jardins semblent subvenir à une grande partie des besoins en fruits des familles tout en apportant une étonnante fraicheur aux odeurs de fruits fort agréable, mais parfois un peu fermentée. Telavi s’est développée de manière linéaire le long de l’axe routier principal avec l’implantation de centralité autour d’activité comme le bazar, des commerces, ou encore de transport. En flânant dans les rues de Telavi, sa forme, ses évolutions semblent montrer l’étalement de la ville du Sud au Nord, de la montagne à la plaine. L’organisation des rues change, passe au cœur de ville d’une forme organique moyen-âgeuse à celle de damier propre à la « rationalisation ». Sur un belvédère se dresse depuis le XVIIe siècle la forteresse de « Batonis Tsikhè » aux tours rondes dominées par des créneaux serrés et des merlons très marqués. Au pied de la forteresse, la place du Roi Erekele II offre un magnifique panorama sur un paysage aux lignes horizontales et ondulé suivant plaines et piedmonts de l’horizon. Les nuances de couleur de brique, de beige et vert mêlée aux toitures d’une tôle éclatante rendent ce paysage typique et identitaire de la région. En bref un territoire riche de son histoire, de sa culture, de sa convivialité et de son soleil gardé depuis 900 ans par un géant nommé de son nom latin « Platanus Orientalis » (platane oriental) dominant la plaine du haut de ses 46 mètres.


Panorama de Tbilisi. Crédit photo: Dorian Louw

Après 2h30 de Marshrutka (minibus géorgien) vers l’ouest, Tbilissi se dessine dans le paysage encastré de sa vallée, par l’apparition d’immeubles et de monuments à flanc de montagne. Tbilissi se trouve dans la plaine alluviale du fleuve « Koura » cerné entre le grand et le Petit Caucase, partie Orientale de la Géorgie. La ville jouit d’un climat continental clément, pour preuve les températures baissent rarement en dessous des 0°C en hiver. Comme sa racine étymologique le souligne, Tbilissi signifiant « chaud (tpili) » en géorgien, la présence de sources d’eau chaude et de bains de sulfure en activité depuis le XVIIe siècle fait la réputation de la ville. Au cœur des routes commerciales entre Orient et Occident l’histoire de Tbilissi et de son influence politique débute dès le Vème siècle ap J-C pour se confirmer en 1991 avec l’indépendance du pays. Son développement culturel est intimement lié aux invasions Perses, Byzantine, Khazars, Arabes et plus récemment Soviétique, chaque dominant laissant sa « marque ». C’est en parcourant le cœur historique vers ses limites que nous pouvons prendre conscience de l’ampleur de cette mixité culturelle, et cela notamment par la diversité architecturale et urbanistique du paysage. Entre les rues organiques du « Old Tbilisi », l’architecture moyen-âgeuse dominante est surplombée par la forteresse Narikala édifiée au IVe siècle puis reconstruite. Depuis l’édifice la vue panoramique sur la ville est d’ailleurs magnifique et permet d’apprécier chaque monument ancien ou récent ainsi que leur implantation dans le paysage. L’hétérogénéité architecturale de Tbilissi fait cohabiter vieille ville, quartiers aux styles soviétiques et immeubles aux designs propres au développement libéral des « villes monde ». Fort de son million d’habitants Tbilissi regroupe toutes les activités économiques et fourmille jour et nuit. Le vieux bazar situé 5 rue Abastumani ne jalouse pas les bureaux d’affaires. Son activité est ancrée dans les habitudes des Géorgiens, la diversité des produits provenant de tout le pays fait de lui un lieu vivant et incontournable pour comprendre le « way of life » géorgien.


« Il est extrêmement courant de voir les Géorgiens réaliser signe de croix et prière lors de passage devant églises et centre religieux, même au volant de bus ou de taxi. »


Rues de Tbilisi. Crédit photo: Dorian Louw

À l’image du pays, le « way of life » prend racine dans son héritage chrétien, en effet plus de 90% des habitants de Tbilissi pratiquent l’orthodoxie. De monumentales églises typent le paysage urbain, l’art ecclésiastique géorgien combine style classique à dôme, coupole pointée vers le ciel avec le style original de basilique sur plan cruciforme. Perchée sur des hauteurs et réalisée en 2004 la Cathédrale de la Trinité est sûrement la plus imposante. La religion chrétienne est intimement liée au principe de l’état nation, si parfois la foi n’est pas religieuse ou philosophique nous pouvons ressentir son lien au patriotisme géorgien. En flânant dans ses rues à la rencontre de ses habitants et de sa culture, Tbilissi est aujourd’hui le symbole d’une société géorgienne hybride entre tradition ancienne et progressisme européen. Pour le développement de ses projets prioritaires, la Géorgie et sa capitale peuvent compter sur les bailleurs de fonds internationaux et de ses deux fonds d’investissement: Le Fonds Géorgien de Co-Investissement et le Partnership Fund. BitFury Group, le principal fournisseur de chaîne Bitcoin est d’ailleurs déjà implanté dans le pays. Les principaux investisseurs étrangers sont l’Azerbaïdjan, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Turquie. Le gouvernement basé à Tbilissi continue aujourd’hui une profonde réforme économique du pays lancé dès les années 2000. En 2014 un accord de libre-échange complet avec l’Union Européenne est signé afin d’attirer les investisseurs.


« En 2016, la Banque mondiale classe la Géorgie au 16e rang de son classement Doing Business »


Sur la route de la Haute-Svanétie, la ville de Mestia est notre prochaine étape. Située aux confins du Caucase, dans sa partie occidentale, à quelques dizaines de kilomètres à vol d’oiseau de la Russie, la Svanétie est réputée pour ses tours Svanes faites en pierre, classées au patrimoine mondial de l’UNESCO. Elles étaient édifiées dans les villages entre le IXe et XIIe siècle afin de prévenir les éventuelles vendettas. Le Grand Caucase, long de 1 300 km et large de 150 à 200 km représente un édifice externe alpin de l’Eurasie. Il est constitué de roche cristalline, de schiste et de gneiss apparus à l’ère primaire avec des intrusions granitique et de roche sédimentaire du secondaire voire du tertiaire sur sa partie méridionale. Horst, graben ainsi que des plis et des failles transversales forment le paysage au relief très vigoureux du Grand Caucase. Le mont Ouchba culmine à 4 710 m non loin de celui du pays, le mont Chkhara haut de 5 193 mètres d’altitude, le plus haut point de Géorgie. Le climat humide régional montre de grandes variations de précipitations et de températures selon l’altitude. Ses températures, son humidité et son ensoleillement procurent à la partie occidentale du Grand Caucase un milieu propice au développement de la végétation. Les forêts sont délimitées de manière diffuse entre les étages. L’étage collinéen est composé de forêts de feuillus de Hêtre d’orient, de Chêne, de Charme, plus rarement de Châtaignier, de Bouleau, d’Érable et de Buis. L’étagement montagnard est caractérisé par des forets mixtes de feuillus et de résineux présent en amont et en aval. L’épicéa, le Sapin du Caucase et le Pin sylvestre cohabitent à l’étage subalpin. La richesse floristique des pelouses alpines sublime le paysage d’altitude, il existerait plus de 6 000 espèces dont 1 600 endémiques comme la Gentiana Septemfida. Lieu de cohabitation entre Homme et Nature sauvage, les paysages se nourrissent de ces échanges. Vaches, chevaux, chèvres sont compagnons de route des marcheurs et participent à une image d’estive idyllique du Grand Caucase. Quand ours et loups rappellent qu’il n’est pas apprivoisé. Tout comme l’eau, élément omniprésent grâce aux glaciers et neiges éternelles. L’hydrographie forme de nombreux cours d’eau qui sillonnent la montagne depuis les fronts de glacier. Tous de tailles différentes, certains au débit imposant corsent leur traverser. Alluvions, sédiment et érosion semblent indiqués des niveaux impressionnants au printemps. Autour de ce capital naturel inestimable, le développement du tourisme « vert » permet de plus en plus aux voyageurs de s’aventurer sur ces terres. Les guesthouses disponibles dans certains villages sont des étapes plus confortables et nous invitent à apprécier l’adorable hospitalité géorgienne. Les tablées généreuses de khatchapuri, de mtchadi, de soupe au poulet et de salades ne nous laissent pas attendre. Le « Handmade » traditionnel de la cuisine géorgienne montre encore une fois l’intérêt des savoir-faire locaux dans l’alimentation.


« La Mer Noire est riche d’histoire, c’est à l’actuelle Poti que Jason et les argonautes débarqua dans sa quête pour la toison d’or »


La steppe géorgienne. Crédit photo: Dorian Louw

264 km bien plus au sud soit 5h de 4x4, située sur la côte de la mer noire et presque limitrophe à la Turquie, bienvenue à Batumi ! En longeant la côte pour y accéder, Batumi se distingue des autres villes géorgiennes par son incroyable ressemblance à une ville de Skyline américaine voire même du Moyen-Orient. Ville portuaire et balnéaire, son histoire intimement liée au commerce remonte à l’antiquité, « l’import-export » est à la base du développement de la ville. Sûrement par sa situation géographique stratégique, Batumi dispose également d’un terminal pétrolier d’une capacité de 9 millions de tonnes par an. Son visage est aujourd’hui marqué par le développement du tourisme et par d’importants investissements. Les multiples grues indiquent les chantiers de construction un peu partout dans la ville. Le trafic est de plus en plus important à mesure que l’on avance dans le cœur de ville, la foule sur les trottoirs anime les innombrables magasins, boutiques, cafés, logés dans des bâtiments aux styles architecturaux hétéroclites. Design, modern, artdéco, renaissance, « sky-scraper », « block »… Parfois même fantaisie. Une ville en pleine métamorphose, où investisseurs turcs Azéries et ukrainiens en font une véritable capitale du divertissement. Casinos, boites de nuit et restaurants attirent au-delà des frontières. Une « Trump Tower » aurait d’ailleurs pu voir le jour avant l’investiture du président américain, cela malheureusement sur fond de scandale politico-économique qui agita la presse autant géorgienne qu’américaine jusqu’en 2017 sans aboutissement du projet. Arrivée à l’heure où les lustres éclairent les maisons et appartements, nombreux sont éteints et laissent imaginer un grand nombre de logements vacants. Les larges rues et avenues semblent cependant un peu vides avec ses 154 000 habitants environ à l’année. Son mode de développement dépend peut-être de sa situation politique, en effet Batumi est la capitale de la région autonome d’Adjarie. Région qui encore récemment imaginait une potentielle indépendance, l’Adjarie dispose de sa propre constitution. Le climat de l’Adjarie est subtropical humide spécifique nommé parfois climat « pontique » propre au pourtour de la Mer Noire. Caractérisé par une forte hygrométrie, des précipitations abondantes et des températures clémentes, ce climat favorise l’épanouissement floral. La culture du tabac, du thé et des agrumes, mais aussi de maïs et de vigne dominent l’agriculture régionale. Le paysage de Batumi et de sa région est éclectique, entre milieu urbain et zone portuaire, agricole et forestière la route pour l’est du pays est une succession de milieux qui invitent à l’arrêt et à la contemplation.


Vardzia. Crédit photo: Dorian Louw

Entre Batumi et notre prochaine étape, le village troglodyte de Vardzia, la route cabossée de montagne s’ouvre sur un incroyable paysage de garrigue aux couleurs ocres. L’arrêt dans la ville d’Akhaltsikhé, capitale de la région de Samtskhé-Djavakhétie est presque une obligation. La forteresse Rabatie établie vers 850-870 ap J-C magnifiée par une récente restauration invite le voyageur à s’y aventurer. La cohabitation de l’église géorgienne et de la mosquée dessine en son sein un style architectural « mauresque » fin et agréable au regard. Avec la présence de minaret dans les villages alentour, la culture musulmane y est plus inscrite qu’ailleurs dans le pays, richesse de sa multiethnicité historique. En continuant vers le Sud-Est la route emprunte une large gorge creusée par le fleuve « Koura ». Forteresse et aigle pourraient être les symboles de cette région tant leur présence est identitaire au paysage.


Forteresse de Rabatie. Crédit Photo: Dorian Louw

L’arrivée sur Vardzia est d’ailleurs monumentale. La forteresse construite par le roi Guiorgui III au XIIe comme place forte pour contrôler l’entrée en Géorgie depuis les pays turcs dessine une véritable fourmilière sur son flanc de falaise. Donnant sur la vallée luxuriante, Vardzia date de l’époque de la bien-aimée reine Tamar et d’un âge d’or de prospérité sans précèdent. Sujette au tremblement de terre, l’édifice aujourd’hui observable n’est qu’une partie de ce qu’était la ville sous son règne. Étiré sur 500 m et sur 6 niveaux le lieu comptait plus de 3 000 grottes reliées entre elles, qui pouvaient rassembler jusqu'à 5 000 personnes. Fait amusant, une hirondelle des roches niche aujourd’hui aux entrées des salles et utilise les vents ascendants des parois pour réaliser de magnifiques voltiges. Prendre quelques instants pour les observer révèle la poésie des lieux. En observant les sommets de montagne, l’horizon proche et lointain forme de longs plateaux d’altitude. En s’y rendant, c’est une métamorphose paysagère incroyable. À 1 700 mètres d’altitude, des steppes se dévoilent devant les yeux. Chevaux, poules, hameau de maisons en taule ou de pierre, et grands rapaces perchés sur des mottes de foin dorées participent à une sensation de « hors du temps ». Des villes plus importantes apparaissent au fur et à mesure de la remontée vers le Nord, leur morphologie en damier et la zone des activités définissent des villes récentes. À l’image d’Akhalkalaki, ville d’environ 14 000 habitants signifiant littéralement « nouvelle-ville » implantés entre deux rivières, la Kirkhbulaki et la Paravani.


« …loin de s’abandonner au désespoir, les quatre visiteurs charmèrent par des chants et des danses le seigneur, qui leur offrit la Géorgie »


Le Géorgie, discrète perle du Caucase n’est pas moins luxuriante. Au travers de déplacements en marshrutka, en 4x4 et à pied sur un réseau de routes et de sentiers en actuelle amélioration le dépaysement est assuré. Le pays dévoile au fur et à mesure ses curiosités et invite à essayer de comprendre les différentes étapes de l’histoire géorgienne. Marqué physiquement par l’ère soviétique, le XXIe siècle est âge de changement. Par sa culture héritée, elle est un véritable pont entre Orient, Occident et monde Slave. La diversité s’exprime partout sur le territoire. La Géorgie invite à questionner ses origines et comprendre une partie de l’histoire de l’Homme et de ses légendes. Observer que richesse du passé et vision du futur débattent et se respectent. Un respect qui semble cependant devoir être gagné, il faut parfois passer au-dessus d’un regard un peu rude qui, par un hochement de tête, s’efface. Alors s’esquisse un sourire. Une main levée pour un "bonjour", un "aurevoir" et une "bonne route".




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