Australie: la biodiversité de la Great Ocean Road est-elle protégée du tourisme de masse?

La Great Ocean Road est l'un des sites touristiques les plus convoités du monde, et pour cause, elle est reconnue comme l'une des, si ce n'est la, plus belle route côtière de notre planète. Construite à l'origine par 3000 soldats de la 1ère Guerre mondiale de 1919 à 1932, elle était supposée être un mémorial aux soldats tombés pendant la guerre. Aujourd'hui, la route 3100 s'étend toujours sur 243km au sud de l'état du Victoria, entre Torquay et Warnambol, le long des falaises escarpées et plages isolées, tout en traversant forêts tropicales et autres parcs nationaux à la nature verdoyante, mais qu'en est-il de la biodiversité et de sa protection, lorsque le site attire plus de 8 millions de visiteurs par an ?


Sur la Great Ocean Road, des millions de touristes affluent chaque années; l'état a mis des infrastructures en place, pour protéger les visiteurs et l'environnement, aussi contraignants soient-ils ... Crédit photo: Manon Jack @ManonJackPhotographer

En effet, la beauté de la nature et de l'environnement est l'immense plus-value de la Great Ocean Road. La préservation du territoire est donc une priorité pour le gouvernement australien et les associations environnementales. D'autant plus que le site créer des revenues conséquents, qui pèsent lourd dans l'économie du pays ; c'est plus d'1,5 milliard de dollars que rapporte le tourisme sur la Great Ocean Road chaque année.


Et qui dit plus de 8 millions de visites du site par an, dit surtout cohorte de touristes avec appareil photo, émission de gaz à effet de serre, risques pour les paysages … les écosystèmes et l'environnement sont mis en danger par ces millions de visiteurs, locaux et étrangers. Ainsi, au-delà de vouloir faire du profit, le Victoria cherche à protéger ses espaces naturels ; les autorités contrôlent énormément les côtes de la Great Ocean Road ; le camping sauvage y est fermement interdit, comme d'ailleurs sur presque tout le territoire australien, et l'on n’accède pas partout comme on veut. Ce point-là peut d'ailleurs sembler contraignant pour le voyageur européen en quête de nature sauvage, peu habité à ce genre de réglementation. Le Great Ocean Road Coast Committee s'explique ; la route et les espaces naturels qu'elle traverse attirent plus de visiteurs par an qu’Uluru et la Great Barrier Reef combinés. Il est essentiel donc d'endiguer le tourisme, de le règlementer, afin de protéger la vie au mieux.


Car le Great Ocean Road Coast Committee ne se mobilise pas seulement pour gérer les pressions pouvant peser sur les parcs naturels, la dégradation de l'habitat des animaux, l'invasion d'espèces envahissantes, les changements climatiques, la pêche illégale, l'utilisation d'équipements nocifs aux espèces naturelles, les émissions de gaz à effet de serre et le voyageur qui détruit malencontreusement les dunes en faisant du hors-piste ; le Coast Committee protège aussi les visiteurs. Car nature sauvage, nous l'oublions trop souvent, implique danger. Les espèces vivantes sur place peuvent déjà représenter un danger ; serpents, méduses ou encore araignées, des milliers d'animaux et d'insectes en Australie ont la capacité de tuer un homme. Mais surtout, les paysages escarpés de Great Ocean Road peuvent devenir dangereux ; en janvier 1990, l'érosion des roches a causé la chute du London Bridge, pont naturel de calcaire devenu aujourd'hui le London Arch. 2 touristes se sont retrouvés piégés sur l'îlot nouvellement construit, plantés au beau milieu de l'océan, jusqu'à ce qu'ils soient hélitreuillés des heures plus tard.


Le risque d'érosion est effectivement une menace lourde qui pèse sur la Great Ocean Road, ainsi que la montée des océans. Le gouvernement du Victoria décide de ne pas reconstruire la route, des travaux d'une telle envergure étant eux-mêmes une menace pour la biodiversité, mais étudie actuellement d'autres options. Aujourd'hui, 153 millions de dollars sont investis pour la stabilisation de la Great Ocean Road. Le réchauffement climatique pèse également lourd sur la vie de la Great Ocean Road ; en 2015, c'est 116 habitations qui ont été ravagées par des feux que les autorités ont mis 34 jours à maîtriser. Et la fermeture de la route, pendant les semaines du drame, a mené à une chute vertigineuse de l'économie de l'état.


Mais alors, comment visiter au mieux la Great Ocean Road en profitant d'une réelle plongée dans la nature? La plupart des visites de la mythique route se fond à bord de Tour Bus, ou en voiture, sur quelques jours. Mais il y a l'option, moins populaire, qu'offre la Great Ocean Walk ; la randonnée, qui se fait sur 6 jours, parcourt 104 kilomètres, d'Appolo Bay aux 12 Apostles, en passant par notamment Cap Otway, le plus ancien phare d'Australie. Quelques endroits pour dormir existent le long de la Great Ocean Road, mais il faudra accepter que cela soit très réglementé. Et pour cause ; Bimbi Park, par exemple, est un camping sur la route. Il y a 2 ans, c'est 150 koalas qui vivaient librement sur le domaine. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 8 ; également, il y a quelques mois, 400 koalas ont été déplacés de Cape Otway à Lorne, menacés par la surpopulation.


Les 12 Apôtres ou 12 Apostles (qui d'ailleurs ne sont plus que 8 à cause de l'érosion), sont un peu considérés comme le « clou du spectacle », la fin de la route. Les monolithes, âgés de 10 à 20 millions d'années, trônent au milieu des vagues, culminants à 45 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la mer. Or, il peut y avoir une terrible frustration à les observer depuis une plateforme de béton, derrière une barrière, entouré de 300 touristes. L'aura mystique des lieux nous donne envie de nous y assoir, seul, et de contempler la beauté grandiose de la nature. Cependant, si la plage était accessible et que nous pouvions faire cela, pourrait-on réellement le faire ? Nous serions des centaines. De plus, verrait-on les dizaines de pingouins traverser la plage et se jeter dans l'océan à l'heure du coucher du soleil, si nous étions au milieu de leur passage ?



À double tranchant, l'hypertourisme de Great Ocean Road , bien qu'il puisse être repoussant pour le voyageur en quête de terres immaculées, finance en un sens la construction des infrasctructres qui permet aux visiteurs de venir découvrir cette nature, finalement toujours sauvage, du sud du Victoria Australien, et de l'observer, mais de loin.


Crédit photo: Manon Jack @ManonJackPhotographer



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